RICHARD GASQUET a vécu, avec la nuit et le public en transe, une amère fin de match hier soir.
FRANCK RAMELLA, L'Equipe
IL ÉTAIT 21 h 22, 21 h 23, 21 h 24 et Richard Gasquet jouait la montre une grosse heure après avoir servi pour le match, en espérant que l’obscurité allait le sauver du retour incroyable d’Andy Murray. Il sauvait même une balle de match sur son service, réussissait une sorte de smash retourné avant de revenir à 5-4 au cinquième set, à 21 h 27. Mais son lobbying poussé pour l’interruption du match n’avait pas marché auprès de l’arbitre et du superviseur. Et, à 21 h 30, presque dans la nuit, l’Écossais, intouchable sur sa mise en jeu, montrait son biceps gonflé à une foule en pleine ferveur. Le fils pas toujours prodigue avait réussi à la retourner, elle si pieuse à l’entame d’un match dominé par les fulgurances du Français.
La Cathédrale murmurait en s’interrogeant sur ce Froggy infernal qui mettait juste un peu de temps pour conclure les manches en gaspillant quatre ou cinq balles de set. Le Centre Court était son jardin, pas celui du fils adoptif d’Écosse. Le « villain » (le méchant) avait même poussé la mauvaise farce jusqu’à servir à 5-4 pour le match lorsque, d’un coup, le glissement de terrain allait lui être fatal au numéro 1. Le grondement grandissant aura-t-il eu une influence sur la double faute qui permettait à Murray de raccrocher à 5-5 au troisième set ? Sûrement. Le public portait Murray et huait le Français à sa sortie du court à l’intermède entre le quatrième et le cinquième set.
« C’était vraiment bizarre, ruminait le Français encore sous le choc. Il a vraiment été aidé par le public. On se serait cru à un match de Coupe Davis. Partout ailleurs, avec deux sets et un break d’avance, j’aurais gagné. Mais, là, ils l’ont porté, vraiment bien porté dans le tie-break… Ça gueulait beaucoup sur la fin. Oui, c’était vraiment bizarre sur la fin, avec la nuit. On ne voyait pas trop, ce n’est vraiment pas une excuse. J’ai voulu arrêter, mais ils voulaient que ça aille jusqu’au bout. »
Et, au bout, c’est Murray qui a triomphé d’un Gasquet étincelant presque trois sets et trop crispé les deux derniers. « Il m’a complètement surclassé pendant trois sets, confirmait l’Écossais. Mais, dès que la pression s’est intensifiée, j’ai renversé le match. »
« Ça se joue à 5-4, évidemment, racontait Gasquet. J’aurais pu faire mieux, mais lui me fait deux retours étonnants. Il s’est vraiment bien battu. Il a mieux retourné, mieux servi. C’est vraiment quelqu’un qui maîtrise le jeu sur gazon avec toutes ses amorties. J’avais l’impression d’avoir en face un Fabrice des temps modernes, en plus rapide et avec un service plus puissant. »
En face, lui ne fut pas le « wimpish » (peureux) dont avaient parlé certains journaux britanniques avant le match. Mais longtemps intouchable, il flancha juste quand il n’aurait pas fallu, à 5-4 au troisième set.
« Là, il se précipite. Il aurait dû se poser, prendre son temps, regrettait son père Francis. Après, il se fait breaker d’entrée au quatrième et ensuite Richard n’est pas très bon. Le cinquième, il n’y a rien à dire, Murray ne fait plus une faute. » Dans son clan, tout le monde regrettait cette défaillance qui aura transformé une grande victoire en amère défaite. « C’était lui le patron, synthétisait son coach Guillaume Peyre. Mais, à 5-4, ça se passe trop vite. Et, à partir de là, il est pris de panique. Il se crispe et c’est l’autre qui lui rentre dedans. Bien sûr, on ressent beaucoup de frustration. Ç’aurait pu être le match parfait. Mais je suis fier de Richard. Il revient de loin. La pompe s’est réamorcée. » L’an prochain, peut-être que « Murray-field » ne grondera plus.
FRANCK RAMELLA, L'Equipe